Paris vu par Sandrine Alouf

ParisNews s’intéresse à la Franco-Libanaise Sandrine Alouf, « atmosphériste » de renom que l’on trouve derrière bon nombre d’établissements parisiens.

Pouvez-vous nous dire d’où vous êtes originaire et retracer en quelques mots votre rencontre avec la capitale ?

S. A. : J’ai une histoire très particulière avec Paris parce que j’ai une grand-mère qui y est née : il s’agit de ma grand-mère maternelle, qui se considérait comme Française mais vivait en Belgique. Elle était très attachée à la France et sortait même le drapeau français tous les ans le 14 juillet, ce qui d’ailleurs énervait mon grand-père...Cette grand-mère extraordinaire qui m’a élevée était un personnage : décoratrice, première femme élève dans une école d’art, première femme professeure... Mon père d’origine libanaise et ma mère belge, tous deux graphistes, ont également été ses élèves. Elle ne rêvait que d’une chose : que j’aille à Paris ; alors que j’étais encore toute petite, elle me vantait déjà les mérites de cette ville. Elle n’a donc eu de cesse de me motiver pour partir – non qu’il faille vraiment me pousser !

Votre parcours est pour le moins atypique !

S. A. : J’ai fait mes études d’histoire de l’art en Belgique et j’y ai dirigé un musée. Puis j’en ai eu assez… Ce sont des circonstances extraordinaires qui m’ont fait changer de
voie et de pays : j’ai un jour reçu une guitare sur la tête dans le Thalys qui m’emmenait à Paris, cette guitare appartenait à un journaliste des Inrockuptibles, qui allait travailler chez Nova, et qui, très confus, m’a proposé de faire un article sur mon métier (j’étais alors conservatrice dans un musée sur la fondation pour l’architecture à Bruxelles). Nous
avons sympathisé et j’ai ensuite rencontré le directeur de Nova, qui m’a proposé un travail. J’ai alors tout plaqué pour aller à Paris ; or en arrivant il avait oublié sa proposition ! Grand moment de solitude… mon histoire avec Paris commençait mal! C’était le 1er octobre 2000. Je ne voulais pas repartir en arrière mais ne savais que faire… Heureusement ma vie a été jalonnée de rencontres incroyables. Des gens formidables, comme entre autres l’ancien directeur de l’Office du Tourisme et des Congrès de Paris, Christian Mantéi, qui est devenu l’un de mes parrains de coeur. Grâce à lui je suis partie sur un projet, l’Exposition universelle en Seine-Saint-Denis prévue en 2004 ; malheureusement six mois plus tard le projet est tombé à l’eau, et je me suis retrouvée de nouveau sans rien. L’abandon du projet m’a cependant valu une indemnisation qui m’a permis de créer ma propre société, « Label Go Libanaise », clin d’oeil à mes origines belgo-libanaises. Je suis partie en Chine, pour me faire plaisir, avec un appareil photo. À Shanghai, j’ai acheté un vélo chinois, et j’ai fait comme les chats : j’avais un point de chute et tous les jours j’agrandissais mon cercle pour explorer de plus en plus loin. J’ai fait des photos de la ville, qui à l’époque était très sale, des photos de crasse : pour moi cela ressemblait à des monstres. À mon retour, j’ai voulu remercier toutes les personnes qui m’avaient aidée à Paris,
et j’ai fabriqué un « chéquier de monstres », que j’ai fait mettre sous vide – par mon fromager !
Je l’ai envoyé à tous mes contacts. Ensuite, j’ai reçu des appels de boutiques qui voulaient vendre mes chéquiers, dont le célèbre concept store Colette. Puis ce sont des agences de publicité qui m’ont contactée car elles voulaient savoir ce que je faisais comme photos.

Aviez-vous une formation de photographe ? Comment les choses se sont-elles enchaînées ?

Je suis totalement autodidacte et avant cela je ne faisais d’ailleurs pas particulièrement de photographie. Il faut cependant savoir que j’ai horreur du temps qui passe et ne mets donc jamais de montre. Mais comme je suis très sentimentale, poétique et émotionnelle, j’ai tout de même besoin de marquer ma vie. Je prends donc des photos du ciel, chaque fois que j’ai des émotions importantes, heureuses ou pas. J’ai ainsi 7 000 photos de nuages… Ma grand-mère, qui était décédée, m’avait laissé une lettre qui disait « sur terre comme au ciel je serai toujours là ». Je souhaitais lui dire que le ciel était en bas, pour qu’elle soit avec moi. Je voulais en quelque sorte mettre le ciel sous terre – vous voyez, tout ce que je fais est lié à mon histoire personnelle !

J’ai donc décidé d’écrire à la RATP pour proposer un projet de nuages dans le métro – de façon très naïve, ce qui est assez belge comme comportement ! J’ai appelé pendant six mois, le même jour à la même heure la même personne, qui a fini par répondre… Il se trouve que c’était l’année du Brésil en France, et que la RATP recherchait des partenariats pour décorer une station de RER sur le thème de l’écologie. Le projet était à financer intégralement et j’ai eu trois semaines pour le faire ! Heureusement j’avais été conservatrice de musée, et rechercher des financements était de mon ressort. J’ai frappé à de nombreuses portes de ministères ou de sponsors privés. J’ai ensuite pensé à appeler Air France, qui m’a le jour même proposé de prendre en charge mon projet en intégralité, augmenté d’un affichage publicitaire conséquent.

C’est une fois de plus une histoire de vie incroyable car le projet n’a pas pu aboutir, pour diverses raisons. Une conférence de presse s’est notamment retrouvée annulée et tout est tombé à l’eau alors que j’avais préparé un dossier de presse en forme de bulle d’air, des badges avec mes photos de nuages… Tout a donc été annulé mais mon dossier avait été envoyé, et j’ai été contactée par le magazine ELLE, intéressé par mes badges ! J’ai eu une proposition de visibilité dans l’hebdomadaire et j’ai déposé une poignée de badges dans une boutique que je connaissais, Facteur Céleste, simplement pour avoir un peu de visibilité. Le succès a été tel que j’ai dû faire du réassort de badges pendant plus de deux ans ! De nombreuses boutiques ont été dépositaires, dont de nouveau le fameux Colette.

En réaction, les témoignages ont été nombreux : des anonymes m’ont envoyé des photos de nuages pour compléter ma collection, une pétition a récolté 300 signatures pour que les nuages ne soient pas dans le RER Luxembourg comme cela avait été initialement prévu mais au métro Barbès parce que c’était là qu’il fallait de l’air… Un professeur de la Sorbonne s’est arrêté devant chaque nuage et a écrit une poésie, il m’a envoyé tous les poèmes – je n’ai malheureusement jamais réussi à le retrouver.

Un jour, on a proposé de m’acheter des nuages pour décorer une réception d’hôtel ; j’ai répondu que mon rêve était plutôt de dormir dans un nuage en lévitation : c’est comme cela que j’ai décoré le One by the Five.

C’est ainsi que tout a débuté et que j’ai eu ma première expérience dans la décoration d’hôtels. Mais je ne suis pas décoratrice ! J’ai réalisé qu’en France on aime bien mettre les gens dans des cases, j’ai donc créé ma propre case : je suis « atmosphériste ».

Depuis cette première collaboration en 2008 dans l’univers de l’hôtellerie, comment se sont orientées vos activités ?

S. A. : Je continue de faire des photos, des livres, des objets d’atmosphère et je crée bien sûr des hôtels d’atmosphère… Après le One by the Five j’ai travaillé à Paris pour l’hôtel
Apostrophe et pour le Sublim Eiffel. Le Montmartre mon amour est mon cinquième hôtel.

D’où vous viennent vos idées, à quelles influences êtes-vous sensible pour la décoration des établissements hôteliers auxquels vous avez collaboré ?

S. A. : Je me nourris de mes voyages, de mes lectures, en levant la tête, en chinant à droite, en poussant une porte à gauche... bref en étant très curieuse, à l’affût de toute
chose poétique et magique.

Paris est-il une source d’inspiration en tant que tel ?

S. A. : J’aime Paris et je ne me lasse pas de l’aimer... je suis comme une étrangère – ce que je suis – dans cette ville lumière. À la différence de Bruxelles, où je regardais en
permanence mes pieds pour ne pas trébucher tellement les trottoirs sont mal conçus, à Paris je lève la tête pour admirer la ville et pour voir le ciel. Oui Paris m’inspire, et j’aime l’idée de réaliser des atmosphères d’hôtels qui transportent les clients dans un Paris différent.

Avez-vous d’autres projets en cours ?

S. A. : Oui, un très beau projet à Nice pour le Groupe Maranatha (dont Montmartre mon amour fait partie) et un projet d’hôtel dans le 17e arrondissement, près du parc Monceau... de nouvelles belles histoires à raconter.

Quelles sont vos adresses parisiennes préférées ?

S. A. : Le Palais-Royal c’est mon jardin ! Je suis une amoureuse du 2e arrondissement et j’y ai donc installé mon atelier. J’aime aussi passer des moments volés au musée du Louvre, déguster des sushis vers la rue Sainte-Anne, aller me ressourcer à la librairie Galignani. Paris regorge de petites boutiques extraordinaires qu’il est impossible de toutes citer !

Hôtel Montmartre mon amour****

7 rue Paul Albert, Paris 18e

Tel +33 (0) 1 46 06 03 03

www.hotelmontmartremonamour.com

Colette

213 rue Saint-Honoré, Paris 1er

Tel +33 (0) 1 55 35 33 90

www.colette.fr

Domaine national du Palais-Royal - Jardin du Palais-Royal

6 rue de Montpensier, Paris 1er

Tel +33 (0) 1 47 03 92 16

http://palais-royal.monuments-nationaux.fr

Facteur céleste

38 rue Quincampoix, Paris 4e

Tel +33 (0) 1 42 77 12 46

www.facteurceleste.blogs.com

Hôtel Apostrophe

3 rue de Chevreuse, Paris 6e

Tel +33 (0) 1 56 54 31 31

www.apostrophe-hotel.com

 Hôtel Secret de Paris

2 rue de Parme, Paris 9e

Tel +33 (0) 1 53 16 33 33

www.hotel-design-secret-de-paris.com

Hôtel Sublim Eiffel***

94 boulevard Garibaldi, Paris 15e

Tel +33 (0) 1 40 65 95 95

www.sublimeiffel.com

Librairie Galignani

224 rue de Rivoli, Paris 1er

Tel +33 (0) 1 42 60 76 07

www.galignani.com

Musée du Louvre

Place du Louvre, Paris 1er

Tel +33 (0) 1 40 20 50 50

www.louvre.fr

One by the five

3 rue Flatters, Paris 5e

Tel +33 (0) 1 43 31 52 31

www.onebythefive.com